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Bordeaux Saint-Jean : passerelle Eiffel, dossier miné

a1-3416243.jpgL’association Sauvons la passerelle Eiffel tire le signal d’alarme. Selon elle, Réseau ferré de France (RFF) ne tient pas ses promesses, n’ayant rien fait pour freiner le processus de démolition

FORUM. Participez au débat : faut-il sauver la passerelle ? Quelles idées de reconversion ?


Les membres de l’association Sauvons la passerelle Eiffel sont furieux. Alors qu’ils pensaient avoir convaincu les responsables de Réseau ferré de France (le maître d’ouvrage) et les représentants des collectivités locales, ils découvrent que tout est remis en question. Le processus de démolition est en cours, la passerelle pourrait totalement disparaître avant l’été.
« On nous a trompés ! » lance, très en colère, Myriam Larnaudie-Eiffel, l’une des descendantes de l’illustre constructeur et porte-parole de l’association. « En me rendant ces derniers jours au pied du pont, dit-elle, j’ai appris par un cadre d’Eiffage que la démolition était toujours à l’ordre du jour et qu’il serait difficile de la stopper. Le matériel nécessaire dont d’immenses barges équipées de grues tout aussi énormes seraient déjà réservées pour procéder au découpage et démontage des éléments. »


Retour sur un accord. Une nouvelle surprenante au regard des conclusions de la réunion de travail qui a rassemblé, à l’automne dernier, les représentants de l’État, des élus bordelais (Alain Juppé en tête), les responsables de Réseau ferré de France, des experts et les chefs de file de Sauvons la passerelle.
Lors de cette réunion, Alain Juppé a proposé à RFF de conserver l’ouvrage, annoncé que la Ville mettait déjà deux millions d’euros sur la table pour une réhabilitation de l’ouvrage et qu’il pensait pouvoir obtenir le complément financier nécessaire auprès des autres collectivités locales. Huit à dix millions d’euros à réunir au total.
Bruno de Monvallier, directeur régional de RFF, avait accepté cette proposition.


Deux phases au lieu d’une. « Son engagement était clair et sans ambiguïté. Tous les présents peuvent en témoigner », précise Xavier Larnaudie-Eiffel, président de l’association. « RFF acceptait de revoir le calendrier des travaux de démolition. » Deux phases au lieu d’une. Une première au printemps 2008 : la démolition des deux extrémités de la passerelle pour permettre le raccordement des voies de part et d’autre du nouveau pont. Une seconde phase reportée de quelques mois le temps que les pro-passerelle réfléchissent sur sa réhabilitation et règlent la question financière.
« Ce report, note Xavier Larnaudie-Eiffel, ne posait aucun problème, si ce n’est l’obligation d’engager une étude pour voir comment la passerelle allait se comporter une fois détachée des rives. Selon Bruno de Monvallier, nous avions une bonne année devant nous. Or, le 8 avril, il nous a écrit qu’il n’était plus question d’attendre. Tout allait être démoli ! De son côté, le groupe Eiffage nous indique qu’il n’a jamais été question de revoir les phases des travaux. RFF n’a donc rien fait pour retarder la démolition. »
« Je n’ai pas changé de position », affirme Bruno de Monvallier. « J’ai effectivement dit que l’on pouvait reporter de quelques mois la destruction de la partie centrale du pont, mais pour que cela puisse se concrétiser, il me fallait absolument un engagement officiel des collectivités locales. Or, à ce jour, je n’ai rien reçu. Le contrat que nous avons passé avec le groupe Eiffage pour la destruction est donc toujours en vigueur et je ne peux absolument pas y mettre un terme. Imaginez un instant que les collectivités locales ne prennent pas en charge l’ouvrage, qu’est-ce que je fais ? »

« Eiffage TP exécute purement et simplement les instructions de son client RFF »


La démolition de la passerelle fait, en effet, partie du marché signé avec le groupement d’entreprises Eiffage. Ce marché comprenait la construction du nouveau pont et la suppression de l’ancien. 2,5 millions d’euros pour enlever la seule passerelle et la déposer en morceaux sur un terrain du port du Verdon.
Eiffage ne fait donc que respecter son contrat. Ce que Jean-François Roverato, PDG du groupement Eiffage à Paris, nous confirme par e-mail : « Dans cette affaire, Eiffage Travaux Publics exécute purement et simplement les instructions de son client RRF ». La phrase est courte mais en dit long. L’entreprise a une commande, elle ira jusqu’au bout et si RFF y met un terme, elle ne s’en sortira pas sans mal.
Ce qui noircit encore plus le tableau des inquiétudes. Bruno de Monvallier ne cache pas l’ampleur des obstacles : « Pour que je puisse intervenir et modifier le processus, il me faut deux engagements : que les collectivités prennent en charge l’ouvrage et qu’Eiffage ne porte pas réclamation pour non-respect du contrat. C’est beaucoup d’argent, je ne peux pas le jeter par les fenêtres. J’ai des comptes à rendre aux co-financeurs ».
Le premier engagement est possible, mais le second ?

Jean-Paul Vigneaud

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