L’association Sauvons la passerelle Eiffel tire le signal d’alarme. Selon elle,
Réseau ferré de France (RFF) ne tient pas ses promesses, n’ayant rien fait pour
freiner le processus de démolition
FORUM. Participez au débat : faut-il sauver la passerelle ? Quelles idées de reconversion ?
Les membres de l’association Sauvons la
passerelle Eiffel sont furieux. Alors qu’ils pensaient avoir convaincu les
responsables de Réseau ferré de France (le maître d’ouvrage) et les
représentants des collectivités locales, ils découvrent que tout est remis en
question. Le processus de démolition est en cours, la passerelle pourrait
totalement disparaître avant l’été.
« On nous a trompés ! » lance, très en colère, Myriam
Larnaudie-Eiffel, l’une des descendantes de l’illustre constructeur et
porte-parole de l’association. « En me rendant ces derniers jours au pied du
pont, dit-elle, j’ai appris par un cadre d’Eiffage que la démolition était
toujours à l’ordre du jour et qu’il serait difficile de la stopper. Le matériel
nécessaire dont d’immenses barges équipées de grues tout aussi énormes seraient
déjà réservées pour procéder au découpage et démontage des éléments. »
Retour sur un accord.
Une nouvelle surprenante au regard des conclusions de la réunion de travail qui
a rassemblé, à l’automne dernier, les représentants de l’État, des élus
bordelais (Alain Juppé en tête), les responsables de Réseau ferré de France, des
experts et les chefs de file de Sauvons la passerelle.
Lors de cette réunion, Alain Juppé a proposé à
RFF de conserver l’ouvrage, annoncé que la Ville mettait déjà deux millions
d’euros sur la table pour une réhabilitation de l’ouvrage et qu’il pensait
pouvoir obtenir le complément financier nécessaire auprès des autres
collectivités locales. Huit à dix millions d’euros à réunir au total.
Bruno de Monvallier, directeur
régional de RFF, avait accepté cette proposition.
Deux phases au
lieu d’une. « Son engagement
était clair et sans ambiguïté. Tous les présents peuvent en témoigner », précise
Xavier Larnaudie-Eiffel, président de l’association. « RFF acceptait de revoir
le calendrier des travaux de démolition. » Deux phases au lieu d’une. Une
première au printemps 2008 : la démolition des deux extrémités de la passerelle
pour permettre le raccordement des voies de part et d’autre du nouveau pont. Une
seconde phase reportée de quelques mois le temps que les pro-passerelle
réfléchissent sur sa réhabilitation et règlent la question financière.
« Ce report, note Xavier
Larnaudie-Eiffel, ne posait aucun problème, si ce n’est l’obligation d’engager
une étude pour voir comment la passerelle allait se comporter une fois détachée
des rives. Selon Bruno de Monvallier, nous avions une bonne année devant nous.
Or, le 8 avril, il nous a écrit qu’il n’était plus question d’attendre. Tout
allait être démoli ! De son côté, le groupe Eiffage nous indique qu’il n’a
jamais été question de revoir les phases des travaux. RFF n’a donc rien fait
pour retarder la démolition. »
« Je n’ai pas changé de position », affirme Bruno de Monvallier. « J’ai
effectivement dit que l’on pouvait reporter de quelques mois la destruction de
la partie centrale du pont, mais pour que cela puisse se concrétiser, il me
fallait absolument un engagement officiel des collectivités locales. Or, à ce
jour, je n’ai rien reçu. Le contrat que nous avons passé avec le groupe Eiffage
pour la destruction est donc toujours en vigueur et je ne peux absolument pas y
mettre un terme. Imaginez un instant que les collectivités locales ne prennent
pas en charge l’ouvrage, qu’est-ce que je fais ? »
« Eiffage TP exécute
purement et simplement les instructions de son client RFF »
La démolition de la passerelle
fait, en effet, partie du marché signé avec le groupement d’entreprises Eiffage.
Ce marché comprenait la construction du nouveau pont et la suppression de
l’ancien. 2,5 millions d’euros pour enlever la seule passerelle et la déposer en
morceaux sur un terrain du port du Verdon.
Eiffage ne fait donc que respecter son contrat. Ce que
Jean-François Roverato, PDG du groupement Eiffage à Paris, nous confirme par
e-mail : « Dans cette affaire, Eiffage Travaux Publics exécute purement et
simplement les instructions de son client RRF ». La phrase est courte mais en
dit long. L’entreprise a une commande, elle ira jusqu’au bout et si RFF y met un
terme, elle ne s’en sortira pas sans mal.
Ce qui noircit encore plus le tableau des inquiétudes.
Bruno de Monvallier ne cache pas l’ampleur des obstacles : « Pour que je puisse
intervenir et modifier le processus, il me faut deux engagements : que les
collectivités prennent en charge l’ouvrage et qu’Eiffage ne porte pas
réclamation pour non-respect du contrat. C’est beaucoup d’argent, je ne peux pas
le jeter par les fenêtres. J’ai des comptes à rendre aux co-financeurs
».
Le premier
engagement est possible, mais le second ?
Jean-Paul Vigneaud
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