Alain Juppé
affirme que l’Unesco était informée des détails de l’ouvrage monumental. Le
Front associatif reste convaincu du contraire
Un
beau pavé dans la campagne électorale que cette histoire de pont
levant (notre édition d’hier). Un Front associatif (mené
par Trans’Cub et Garonne Avenir) brandit du courrier laissant penser que le
centre mondial du patrimoine de l’Unesco n’était pas informé de la réalité
exacte de cette construction monumentale et n’aurait donc pas pris sa décision
en toute connaissance de cause.
Une
accusation particulièrement grave. Ce qui fait qu’Alain Juppé n’a pas laissé le
soin à ses adjoints d’y répondre hier. Il a lui même rencontré la presse et lui
seul a parlé. Sans colère ni venin. Son sourire forcé en disait long toutefois
sur ses pensées. « J’ai l’habitude de ces coups bas en période électorale »,
disait-il en donnant son explication. Selon lui, l’Unesco était informée du
projet. Ne serait-ce que par les opposants : « Le 1er septembre 2006, note le
maire de Bordeaux, un certain nombre d’associations ont écrit à M. Bandarin,
directeur du centre du patrimoine mondial de l’Unesco, pour mettre en cause le pont Bacalan -Bastide ».
Un expert mandaté. À partir de là, selon lui, le centre du patrimoine mondial
aurait, par échanges de courriels avec les ministères de la Culture
et des Affaires étrangères, demandé à ce que ce point soit examiné et éclairci
par Alvaro Gomez-Ferrer, l’expert de l’Icomos, lors de la venue de ce dernier à
Bordeaux fin novembre-début décembre.
Ce
qui aurait été fait. « L’expert a rencontré le président de la communauté
urbaine (NDLR, Alain Roussset à l’époque) en présence de l’adjointe de la Ville de
Bordeaux au patrimoine, le 1er décembre en fin de matinée. A cette occasion, le
projet de pont lui a été présenté, il a pu observer la
maquette réalisée et un document de présentation du futur pont
lui a été remis. »
Selon
Alain Juppé, l’expert aurait affirmé à ce moment-là que « le projet de pont lui paraissait compatible avec le classement au
patrimoine mondial et qu’il conclurait en ce sens. » L’expert aurait toutefois
recommandé à cette occasion de faire figurer ce projet dans le « plan de
gestion du bien », un plan qui doit faire apparaître toutes les mesures mises
en œuvre par l’État, la Ville et
les autres collectivités dans le secteur soumis à labellisation.
Alain
Juppé affirme que le projet a été présenté dans ce document (à la page 20) et
transmis comme prévu en mars 2007. « L’Unesco a donc pris sa décision, selon
lui, en toute connaissance de cause. »
Pas
de preuves. L’ennui, c’est que sur le site Internet de l’Unesco et dans tous
les documents liés au classement de Bordeaux, on ne trouve aucune trace du
projet et de son étude. Le rapport de l’Icomos n’y fait pas allusion, le résumé
du plan de gestion du bien non plus. Junaïd Sorosh, le représentant de
l’Unesco, confirme aussi l’absence d’information sur le sujet.
Ce
qui est tout de même troublant car on veut bien croire aujourd’hui qu’Alain
Juppé cherche à minimiser l’affaire, mais il dit vrai lorsqu’il indique que
l’Unesco a été informée du projet du pont levant par les associations d’opposants le 1er septembre 2006.
L’article 169 non respecté. « Nous avons bel et bien écrit à cette date-là », précise
Denis Tesseire de Trans’Cub. Comment le centre mondial du patrimoine peut-il
donc dire aujourd’hui qu’il n’a jamais entendu parler de ce pont
et que cela pouvait poser un sérieux problème ? Mystère !
Sachant
les associations à ses trousses et prêtes à réagir au moindre écart, il est
quasiment certain aussi que la Ville de
Bordeaux a, d’une manière ou d’une autre, présenté le projet dans ses dossiers.
Peut-être pas de façon aussi complète et précise qu’il l’aurait fallu mais un
minimum quand même…
Là,
le Front associatif reprend le dessus : « La Ville ne
devait pas se contenter d’une présentation du projet », souligne Jacques Dubos,
président de Trans’Cub. Elle devait impérativement transmettre les conclusions
de l’enquête publique et l’étude d’impact. Ce qu’elle n’a pas fait. La Ville n’a
pas respecté ici l’article 169 du règlement de l’Unesco qui prévoit que chaque
année « au plus tard le 1er février », les États doivent remettre des «
rapports spécifiques et des études d’impact, chaque fois que des circonstances
exceptionnelles se produisent ».
Les
opposants maintiennent donc leur accusation et ne visent pas seulement Alain
Juppé. Ils écorchent aussi au passage Alain Rousset, l’ex-président de la CUB qui a
bouclé le dossier de construction de l’ouvrage et à qui ils reprochent d’avoir
sauté de joie lors du classement Unesco en disant : « On me disait que le futur
pont de Bordeaux serait un obstacle au classement, il ne
l’a pas été, c’est un pur bonheur ».
Les
deux candidats dans le même bateau. Voilà de quoi plaire à plus d’un !
Jean-Paul Vigneaud
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